Paris 03

Galerie Éva Hober

9 rue des arquebusiers

Mardi 10 Mai 2011

08h12 a.m.

UN COCKTAIL MOLOTOV À LA MER

 

« En résumé, j’aimerais avoir un message un peu positif à vous transmettre.

 Je n'en ai pas… Est-ce que deux messages négatifs, ça vous irait ? »

 [Woody Allen]

 

« Si une nation n'a pas de chefs, alors ce sont les poètes qui la guident. »

[Evhen Malaniouk]

 

UN COCKTAIL MOLOTOV À LA MER,

SUITE POSSIBLE DES RONDS DANS L’EAU ET AUTRES PAVÉS DANS LA MARE

 

À chacun sa manière de communiquer avec le reste du monde…

Dans ces heures où Internet remplace peu à peu tous les moyens de communication et les modes d’expression que nous avons connus. Dans un univers foisonnant de blogs, profils sur des site communautaires et autres « tumblr », l’expression de nos ressentiments se retrouve noyée dans la multitude. Il est du coup rare de se retrouver face à quelque chose de singulier puisqu’au final, tous ces modes d’expression revêtissent la même forme.

Lorsque Miguel décide d’envoyer un message au Monde, celui ci est explosif. Loin d’Internet et de sa toile il lance son appel à qui voudra bien l’entendre. Sur le principe d’une bouteille lancée à la mer, il délivre un message destiné à tous, susceptible d’être reçu par n’importe qui. Naufragé, non pas sur une île déserte, mais dans un monde qu’il n’a pas choisi et avec lequel il doit composer chaque jour. Son message, une demande d’aide à qui voudra bien la lui apporter. Pourtant, la bouteille n’est pas scellée. Le message n’est pas manuscrit. Son contenu est ailleurs, éthéré.Il faut être fou pour croire qu’un explosif lancé en mer aura une répercussion quelle qu’elle soit. Comment peut on se battre contre l’immuable ? La mer, celle qui a été, qui est et qui sera quoi qu’il advienne de notre monde. La mer comme un reflet de ce dernier, sourd et indomptable.

Lancez un pavé dans une mare et vous pourrez contempler la suite de ronds dans l’eau d’après l’impact. Ronds qui finirons bien par atteindre le bord de cette mare. Lancez un cocktail Molotov à la mer et au mieux, votre bouteille explose en touchant les flots mais ne fera que rajouter un peu plus d’écume au sommet des vagues qui elles, ne laisseront aucune chance aux ronds dans l’eau, ceux-ci n’atteindrons jamais le rivage. En plus de ça, la bouteille n’étant pas scellée, elle ne voguera donc pas jusqu'à son destinataire. Elle sombrera dans les profondeurs et sera au fil des siècles, polie, transformée par les vagues en petits bouts de verre et finalement en grains de sable, comme tout le reste. Tout ce que l’on peut souhaiter de meilleur au contenant du message, le messager en somme, c’est de faire office de réceptacle pour quelque organisme marin pendant un temps. Le message lui même, pourtant loin des méandres du cyber espace, se retrouve tout de même noyé dans la multitude et l’immuable. Et puis tout de même, voilà une drôle de façon de demander de l’aide. Ne serait-ce pas là une demande d’attention ?

Quoi qu’il en soit, voilà qui font deux mauvaises nouvelles. Le message et le messager sont perdus, dissout dans le tout de ce qui est et de ce qui sera. Ne reste, qu’en haut des récifs, l’homme, qui vient pourtant, malgré tout cela, de délivrer en un geste significatif, son message au monde qui l’entoure.

C’est là le geste d’un révolutionnaire, empli de colère, d’idéaux et de certitudes. C’est un geste lourd d’une histoire passée, qui voulait changer le monde dans lequel il vivait. D’autres avant lui ont lancé des bouquets de fleurs en guise d’explosif, d’autres encore ont écris des manifestes lancés par la parole, d’autres enfin n’avaient pour message que les pavés sous leurs pieds, mais pas la mer en face d’eux. La plage en dessous encore, et même ici ce n’était pas gagné.

Peut on dire pour autant que le geste est vain ?

C’était la tentative d’un créateur qui voulait délivrer une idée au monde. Lui faire savoir qu’il pouvait, avec pas grand chose être changé du tout au tout. Qu’est ce qui malgré l’immuable perdure et ne meurt jamais sinon les idées ? Peut être bien qu’au final, le message n’était pas tant dans la bouteille, mais dans le geste de l’homme.

Léo Marin

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