Entre Paris et Genève

Le 27 Avril 2017

09h17

 

« Un gros rosier se dressait près de l’entrée du Jardin. Les fleurs qu’il portait étaient blanches mais il y avait trois jardiniers qui s’activaient à les peindre en rouge. Alice trouva cela très étrange et s’approcha pour les observer de plus près. »

Alice au pays des merveilles – Lewis Carroll

 

Henri Wagner

Peindre, de l’autre côté de la vitre.

Jusqu’en 2015, Henri Wagner dessinait encore, et alors, une partie manifestement figurative était toujours la base de ses créations à plat. Pourtant déjà, chacun de ces dessins était volontairement malmené par l’artiste qui y intégrait de plus en plus d’abstraction. Je n’entends pas seulement par « abstraction » des parties dessinées sans aucune figuration cognitive, mais aussi un traitement agressif, presque abrasif  du sujet par l’artiste. Le but étant, comme il le dit lui-même : « de faire basculer l’image, de la libérer de sa réalité. »

En travaillant le marquage et l’effacement du support travaillé au graphite, avec les traces visibles de parties volontairement altérées à la gomme ou au scotch, Henri Wagner préfigurait déjà dans ses dessins (comme ceux que l’on a pu voir au salon Drawing Now en 2014 sur le stand de la Galerie Graphem ou encore dans son exposition personnelle « Un feu d’artifice dans le frigo » en 2015) les peintures  qu’il nous montre aujourd’hui.

Henri Wagner, Sans titre, 2015, graphite sur papier, 50 x 65 cm

Il n’y a pas dans sa pratique de recherche de spécialisation. Le spectre des médiums utilisé est extrêmement large, nombre de papiers, de peintures en spray, d’encres, d’enduits, de mortiers et d’adhésifs élargissent le champ d’action graphique d’Henri Wagner, surtout quand ceux-ci sont combinés avec une variété de support allant bien au-delà du cadre et de la toile, tant qu’eux-mêmes apportent aussi un intérêt à l’applique de la matière picturale par le peintre.

Henri Wagner, Sans titre, 2015, graphite et adhésif sur papier, 100 x 70 cm

Depuis un peu plus d’un an maintenant, Henri peint sur des plaques de verre et non, ce n’est pas le premier à le faire mais, il y a dans ses peintures un « vide ajouté », une conscience de l’invisible qui va au-delà de l’abstraction. Une attention toute particulière qui est portée au hasard et à la liberté du geste, comme l’ont, à très juste titre, défendu de nombreux grands peintres avant lui, mais aussi une place grandissante, à l’effacement et au recouvrement qui prend ici toute sa mesure grâce au verre qui en est le support mais aussi le révélateur et sans qui nous n’aurions qu’un moins bel accès au geste du peintre et ses recherches dans l’exploitation de la matière. 

Peindre sur une vitre n’est pas pour lui un concept en soi, c’est la démarche qu’il utilise en ce moment pour montrer l’envers et le résultat d’une succession d’actions spontanées. Henri Wagner, construit, trace, passe et repasse plusieurs couches de matières en travaillant de façon intuitive mais non sans une certaines hésitation. Lorsqu’une partie de la surface peinte est trop construite ou trop chargée, il l’efface et laisse la marque de cet effacement visible. Ne pas masquer ses erreurs et ses doutes permet à Henri de laisser la vitre de révéler plusieurs strates de réflexions lors de la construction de la peinture. D’autres couches seront appliquées par la suite et les effacements, les grattages les doutes et les balayages, seront mis en lumière dans un effet d’inversion lorsque la vitre sera finalement retournée pour être présentée non pas du coté peint mais de son côté immaculé.

travaux recouverte d’enduit blanc pour cacher aux yeux du passant la construction qui avance de l’autre côté, mais même si notre peintre ici ne se cache pas d’une inspiration urbaine manifeste, ses peintures à lui ne cachent rien et au contraire nous montres les étapes et les hésitations qui deviennent elles aussi des motifs.

Surement de façon inconsciente et parce qu’issu d’une génération noyée dans une accumulation «d’images à grande vitesse », nous ressentons dans les peinture d’Henri Wagner, le besoin d’un retour au calme, oùl’économie des traits des formes et des couleurs tendent vers un certain minimalisme qui fait du bien parce qu’il n’occulte pas non plus les sources d’inspiration de l’artiste et son environnement urbain, ses terrains vague, ses bâtiments abandonnés aux graffitis bruts mais qui portent avec eux la trace du passage du temps.

Que se passe t’il dans l’infra-mince interstice entre la toile et la peinture lorsque le peintre l’en recouvre ? Pour le savoir il vous suffit de regarder de l’autre côté des verres inversés d’Henri Wargner.

Leo Marin

Henri Wagner, Sans titre, 2016, acrylique sur verre inversé 100 x 70 cm

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